La 47ème édition de la Quinzaine antiraciste et solidaire, organisée à St Denis approche : elle se déroulera du 21 mars au 6 avril prochain. Or, à moins de trois semaines d’un événement qui fait notre fierté commune, l’affiche prévue doit être retirée à cause de la polémique pourtant prévisible qu’elle déclenche. Cette polémique se concentre sur un détail graphique : le drapeau français qui figure sur le col de chemise du personnage qui occupe toute la surface de l’affiche: un Hitler à la gueule grande ouverte. Il semblerait que ce drapeau ait été ajouté tellement au dernier moment par l’auteur du visuel que sa présence aurait échappé à qui l’a validée. Risible. Ce qui l’est moins c’est la nature du débat que déclenche la chose. Pour certains le scandale vient de l’association du drapeau national avec le chef nazi. On peut admettre que ce geste soit maladroit au regard de la mémoire des combattants antifascistes et des victimes du nazisme pour lesquels le tricolore faisait sens de résistance. Il n’en reste pas moins que les mêmes trois couleurs ont également et largement été appropriées par des nationalistes français qui préférant « plutôt Hitler au Front Populaire  » ont collaboré jusqu’à pour certains s’engager dans des unités S.S. arborant ces mêmes couleurs. À Saint-Denis, le cas Doriot, de sinistre mémoire, nous en fait malheureusement savoir quelque chose. On peut dire qu’il s’agissait là d’un détournement scandaleux mais non pas nier l’existence de nazis bien français. Au demeurant cette affiche soulève une autre question qui, moins discutée, n’en est pas moins fort discutable. La bouche du personnage d’Hitler y est figurée largement ouverte sur un mur dont les briques portent les inscriptions « raciste », « antisémite », « homophobe », etc. Or quand on mure une ouverture c’est pour la fermer. Si cette ouverture est un égout telle la bouche d’Hitler alors les briques qui l’obstruent sont à valoriser. On voit bien le contresens total porté ici par le visuel retenu pour cette affiche : le racisme (etc.) n’est pas ce qui « murait » la parole d’Hitler mais bien ce qui la caractérisait. Ce contresens est aussi grave que stupéfiant venant de l’auteur, par ailleurs talentueux. Il l’est plus encore de la part de ceux qui ont la responsabilité politique de sa validation. Nous sommes d’autant plus en colère que celles et ceux d’entre nous qui, au titre de leur délégation, auraient pu être consultés sur cette affaire ne l’ont pas été ou n’ont pas validé ce visuel. La lutte contre le racisme et la communication de notre ville sont des affaires sérieuses. Qu’un créatif « se lâche » c’est dans sa fonction, qu’aucun contrôle politique minimum ne s’exerce en la matière, c’est une faute.

REVE-Insoumis