Alors que la région du Moyen-Orient subit les effroyables conséquences d’une guerre ravageant la Syrie et l’Irak, dans laquelle les protagonistes rivalisent de cruauté envers les populations civiles, alors que les djihadistes de l’Etat Islamique dirigent leurs coups, en territoire turc même, contre les militants de la gauche notamment kurde, l’Etat Turc, sous prétexte de combattre le terrorisme, a décidé de franchir un palier supplémentaire dans la guerre qu’il mène sur son territoire contre la population kurde et de criminaliser toute forme d’opposition.

La tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016 a aggravé cette tendance, fournissant un prétexte supplémentaire à un pouvoir AKP fragilisé par son échec aux élections de juin 2015. Cet événement sert en effet de justification à  la mise en œuvre d’une répression sans précédent contre l’ensemble des opposant-es démocrates. L’instauration de l’état d’urgence permet au Conseil des ministres, depuis le 20 juillet dernier, de gouverner par décret et suspend tout respect de la Convention européenne des droits de l’Homme.
Depuis l’été, des vagues d’arrestations successives frappent les militants politiques, syndicaux et associatifs progressistes, aux premiers rangs desquels les organisations civiles liées au mouvement de libération Kurde, les élu-es ne sont pas épargnés, les médias critiques à l’égard du régime subissent pressions et fermetures arbitraires, des dizaines de milliers de fonctionnaires sont destitués par décret, dont plusieurs milliers de membres du syndicat d’enseignants Egitim-Sen.

Aucune de ces victimes d’un Etat Turc confisqué par le parti au pouvoir et ses vassaux n’est pourtant liée avec la tentative de coup d’Etat. Dans un souci de faire taire l’opposition politique, le gouvernement turc a incarcéré 10 députés du Parti Démocratique des Peuples (HDP) dont ses deux co-présidents, Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, 28 municipalités, dont 24 villes kurdes dirigées par la composante kurde du HDP, le BDP (Parti Démocratique des Régions), sont placées sous tutelle administrative, de nombreux maires sont détenus, et leurs villes, occupées militairement, subissent une véritable loi martiale.
La condamnable tentative de coup d’Etat de juillet 2015 débouche, à l’instigation d’Erdogan et de sa clique, sur un contre coup-d’Etat, véritable putsch légal, foulant aux pieds les principes démocratiques les plus élémentaires.
La ferme condamnation de ce déchaînement contre les droits humains est particulièrement nécessaire s’agissant des conseils municipaux, démocratiquement élus, dont les compétences ont été réduites à néant dans plusieurs localités kurdes de Turquie dans un silence médiatique, politique et diplomatique assourdissant.

Ainsi la ville de Cizre, commune du Bakûr de 113 000 habitants, est emblématique de la situation actuelle. Sa maire Leyla Imret, et son co-maire Kadir Konur (militant-es du BDP) avaient été élus lors des dernières élections municipales avec 81,6% des suffrages soit 36 403 voix, loin devant le candidat soutenu par l’AKP de Erdogan qui réalisait, quant à lui le score de 9,3%…
Ces deux élu-es sont aujourd’hui emprisonné-es ou menacé-es de l’être et leur ville subit un état de siège.

Dans ces circonstances, nous, élu-es municipaux de Saint-Denis nous déclarons solidaires de nos collègues et des populations qu’ils représentent et exigeons du gouvernement français des initiatives concrètes sanctionnant les exactions du gouvernement turc.
La commune de Saint-Denis entend prendre résolument sa place dans la mobilisation démocratique pour la défense des droits démocratiques en Turquie.
Le groupe Rouge Et Vert Ensemble demande à Monsieur le Premier ministre de mettre en œuvre des moyens contraignants contre le gouvernement turc tant que celui-ci ne libérera pas les élu-es du HDP et du BDP.

Il décide :

De s’associer à la campagne « Stop Erdogan » qui a pour objet de sensibiliser et d’interpeller les citoyen-nes, les élu-es et le gouvernement sur les graves atteintes aux droits humains commis par l’Etat turc.
De donner mandat à Monsieur le maire pour parrainer les co-maires de la commune de Cizre, Leyla Imret et Kadir Konur, et, plus largement, d’envisager les formes à donner à une solidarité en actes avec les habitant-es de cette commune
Il appelle les maires et conseils municipaux de France à manifester leur solidarité avec les maires et conseillers municipaux victimes de la répression en Turquie, et au-delà de ces élu-es, avec les populations qu’elles et ils représentent.

Décembre 2016