TATI qui emploie 1314 salarié-es sur 115 magasins, est la marque la plus connue du groupe AGORA Distribution. Tout le groupe AGORA a été placé en cessation de paiement puis redressement judiciaire. AGORA est lui-même chapeauté par le groupe ERAM (1,57 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 10 000 salarié-es, 1500 points de vente). Ce dernier, dirigé par les frères Biotteau, a touché 20 millions de crédit CICE. Mais ERAM, veut se débarrasser d’AGORA estimé en pertes, pour sauver son business. Jusqu’à il y a peu de temps, TATI était considéré comme n’ayant plus dettes, malgré un chiffre d’affaires en baisse. Or lors du comité d’entreprise (CE) du 25 avril dernier, a été annoncé à nouveau près de 6 millions de dettes et l’incapacité de payer les salaires et d’honorer les fournisseurs.

Vente sous le manteau

La loi Macron pourrait faciliter la déresponsabilisation du vrai patron : ERAM, propriétaire d’Agora distribution mis en redressement judiciaire semble vouloir aller vite pour se désengager. Un « consortium » de repreneurs était peut-être prêt à sauver une partie du groupe Agora et TATI, de manière groupée: 88 magasins auraient été repris (sur 140) et 1051 salarié-es (sur 1754). Mais cette opération laissait craindre une vente à la découpe du groupe.
La loi Macron de 2015 entérine une version expéditive du redressement judiciaire : le système « prepack session ». Au lieu de la transparence, elle permet les petits arrangements entre le patron débiteur et des repreneurs choisis à l’avance, sans informer les représentants du personnel, afin que dans un délai très court et quasiment sans publicité, tout ou partie de l’entreprise change de main. Bien entendu tout se passe au-dessus de la tête des salarié-es et des syndicats, qui sont les jouets passifs de cette affaire très privée. Et le tribunal public ne fait qu’enregistrer. Une forme de justice économique à l’anglo-saxonne : plus rien n’est public, tout est dans le deal.
Mais le prépack avait été finalement évité: tout ayant filtré sur la place publique.

Lutte des salarié-es

Depuis la mobilisation du 4 mai, les délais de décision semblent allongés à 6 mois et les salaires menacés ont finalement été payés. Mais la vigilance doit rester vigoureuse.
D’autres alternatives sont-elles possibles face à la seule logique des affaires ? Chez le prêt-à-porter MIM, autre commerce en difficulté (1600 salarié-es), un projet de reprise en SCOP a été discuté (par le SECI-UNSA), mais n’a pas encore
abouti. La solidarité, le débat public et politique doivent s’amplifier.