Aujourd’hui la situation ne change pas, par manque de volonté de compléter et de mieux appliquer l’arsenal juridique existant, de ne pas systématiser la coordination des professionnels (justice-travail social- personnel médical) et leur formation sur ce sujet, de ne pas vouloir financer ces mesures, qui plus est, dans un contexte de démantèlement de la fonction publique. Comment l’État peut-il prétendre reprendre en main aussi rapidement des missions qu’il n’a jamais assumé et qui ont été conçues et réalisées par les seules associations… ? Un grenelle des violences conjugales annoncé par Marlène Schiappa est, une fois de plus, un effet d’annonce. Aucune vraie mesure annoncée, aucun moyen débloqué.

Pour rappel, le constat est fait depuis des années, une proposition de loi-cadre, à l’instar de celle votée et appliquée en Espagne, contre les violences faites aux femmes a été élaborée par le CNDF (Collectif National des Droits des Femmes), et déposée en 2008 au parlement. Suite à ce dépôt de proposition de loi, une mission parlementaire formulait 70 propositions concrètes sur la prévention, l’accès au droit, la protection et le suivi des victimes, ainsi que la prise en charge des auteurs de violences. Mais cela supposait de financer ces mesures, de garantir le maintien de services publiques que le gouvernement supprime. Ces propositions ont été en partie évacuées lors de la rédaction de la loi et lors du passage à l’Assemblée… car trop coûteuse.

En 2019 le constat reste le même : les forces de police et de gendarmerie, pièces maîtresses du dispositif contre les violences à l’encontre des femmes, continuent de dysfonctionner : les plaintes sont trop souvent refusées au profit de mains courantes, une minimisation des faits de violences (les femmes confondraient disputes et violences conjugales). Il s’avère donc nécessaire de mettre les moyens pour de formation de toutes les forces de police et de gendarmerie, mais aussi de spécialiser des unités en la matière, de contrôler les mesures judiciaires prévues dans l’ordonnance de protection telles que l’effectivité de l’évacuation du domicile conjugal ou l’interdiction de s’approcher de la victime.
S’il existe un arsenal législatif pour lutter contre les violences faites aux femmes, peu ou mal appliqué , Tant que les professionnels ne sont pas formés pour suivre ces cas, comprendre les mécanismes, rien ne changera. Et les femmes n’iront pas porter plainte si elles se sentent jugées, dénigrée voire raillée.
La lutte contre les violences contre les femmes nécessite un maillage territorial et un véritable travail en réseau des acteurs institutionnels et associatifs.

Nous voulons un véritable plan d’urgence d’information et de communication, pour sensibiliser toute la population et former les professionnel.le.s ainsi que la création d’ un fond d’urgence permettant d’augmenter substantiellement la subvention des associations qui accueillent les femmes victimes, la création de places d’hébergement supplémentaires, le recrutement et la formation de référent.e.s violence en gendarmerie et commissariat pour recueillir les plaintes, le recrutement de personnels de justice pour traiter ces plaintes.
Nous voulons l’application effective des lois existantes et la mise en place de sanctions pour garantir leur application. 
Nous voulons la systématisation et la pérennisation de campagnes d’information et de communication contre les violences faites aux femmes, à l’initiative de l’État, accessibles à tous publics, notamment aux personnes en situation de handicap ou non francophones.
Nous voulons la mise en œuvre d’actions de prévention systématiques et obligatoires contre les violences et en faveur de l’égalité filles/garçons, femmes/hommes dans tous les établissements scolaires de la maternelle au supérieur. L’éducation à la sexualité comme moyen de lutter contre les stéréotypes , promouvoir l’égalité entre les sexes et les sexualités, prévenir le sexisme et les discriminations liées au genre et à l’orientation sexuelle
Nous voulons la mise en œuvre effective et immédiate de formation, initiale et continue, obligatoire et réalisée par les associations féministes, de tou.te.s les professionnel.le.s, prévue par la loi.
Nous voulons le développement substantiel de l’existant et la création de mécanismes supplémentaires protégeant les victimes : téléphone grave danger, ordonnance de protection, mise en sécurité immédiate de toute femme ou jeune fille et enfants risquant de subir des violences ou de nouvelles violences ou représailles de la part de l’agresseur ou de proches de ce dernier.
Nous voulons l’accès immédiat, avec du personnel médical et paramédical spécialisé et formé, aux soins, à la prévention, aux examens et prélèvements médicaux nécessaires, à l’accompagnement médical et psychologique. Le remboursement à 100 % de tous ces soins, y compris sur le long terme, qu’ils soient délivrés par un.e médecin, un.e psychologue, ou un.e psychothérapeute.
Nous voulons l’ouverture de centres d’hébergement spécifiques sécurisés pour les femmes victimes de violences et leurs enfants soit rendue obligatoire avec du personnel spécialisé et pluriprofessionnel.
Si la prévention et la prise en charge ont un coût il sera toujours moins élevé que la mort tous les 2 jours de femmes victimes des coups de leur conjoint ou ex-conjoint.