Cette délibération s’inscrit dans un contexte où le gouvernement à la suite du précédent casse le système de santé français, un des plus efficace, des plus protecteur, des plus égalitaire et juste au monde. Au nom d’une vision néo-libérale, ce gouvernement se donne les moyens de saper de toute part ce système de santé ce qui, nous le voyons quotidiennement à Saint-Denis, conduit à mettre en souffrance les personnels de santé, à nuire à la qualité des soins, à accroitre les inégalités de santé.

Pour l’année à venir c’est donc une nouvelle cure d’austérité qui sera infligée à la santé avec des coupes de 4,2 milliards d’euros. La mobilisation des personnels des urgences, dont ceux de Delafontaine dont il faut souligner le courage, le dévouement et la combativité, ont obligé le gouvernement à un plan de 800 millions d’euros. Pourtant, dans les hôpitaux les coupes budgétaires continueront par exemple en radiologie ou pour les actes de biologie. Au final, la situation des hôpitaux va continuer de se dégrader. Et les prestations sociales, seront elles aussi réduites compte tenu de l’inflation. Ces baisses représenteront une perte de pouvoir d’achat de 0,7 % sur ces prestations, soit 500 millions d’euros. Avec Macron, ce sont les dépenses sociales qui paient les baisses d’impôts accordées aux plus riches depuis le début du quinquennat.

Dans ce cadre, Saint-Denis est forcément impacté. Non seulement les problèmes de santé ne sont pas traités à hauteur des besoins mais les inégalités se creusent. C’est ce que montre très bien les indicateurs de santé présentés dans le CLS. Il faut d’ailleurs saluer et remercier les personnels de la direction de la santé qui ont rédigé et construit ce Contrat Local de Santé. Les chiffres montrent l’ampleur des problématiques de santé dans notre ville : espérance de vie moins importante que la moyenne francilienne, des taux d’incidence de maladie comme la tuberculose ou du diabète plus élevés qu’ailleurs, des enfants dont la santé notamment bucco-dentaire est souvent problématique, etc.

Face à la défaillance de l’État, il est heureux et absolument nécessaire que la municipalité développe une politique de santé qui redisons-le n’est pas de sa compétence première.

Cette politique n’est évidemment pas en mesure de résoudre les problèmes cités mais elle constitue un filet de sécurité sanitaire indispensable. Il faut notamment saluer le rôle joué par les 4 centres de santé municipaux qui permettent à une grande partie des dionysiens et dionysiennes d’accéder à une offre de soins de qualité. De même, il faut saluer le travail acharné des agents de la ville qui multiplient les actions en matière de prévention nutritionnelle, de sport-santé, de prévention bucco-dentaire ou encore d’addictions.

Au passage, il faut souligner que ces actions de prévention très utiles pour attaquer le mal à la racine sont très dépendantes des financements des politiques de la ville et de l’ARS. Or ces financements sur projet sont précaires, le plus souvent envisagés comme « expérimentaux » et ciblés sur des populations réduites (un quartier voire moins). Lorsqu’une action a bien fonctionné, les moyens ne sont pas donnés pour la poursuivre. Nos agents sont obligés de courir de projets de santé publique en projets de santé publique. Nous devons exiger de l’ARS que lorsque ces actions de prévention fonctionnent qu’elles soient stabilisées et offertes à tous les habitant.es.

Pour finir, deux dimensions sont lacunaires dans le CLS. Ce sont pourtant deux dimensions qui constituent des enjeux de santé décisifs et qui devraient être prioritaire dans les années à venir.

D’abord, la santé environnementale : elle se développe avec un conseil local en santé environnemental mais cela reste trop timide au regard des enjeux. Les projets d’aménagements urbains se multiplient et avec eux des problématiques liées aux pollutions, à la qualité de l’air, au climat, aux ilots de chaleur. Or ces projets n’intègrent pas suffisamment ces problématiques dans les phases de conceptions. C’est le cas des places qui sont trop minéralisées dans la ville ; c’est aussi le cas des projets de réaménagements de routes comme à Pleyel où l’ouverture de bretelles autoroutière sera néfaste pour la santé des riverains. De ce point de vue, nos services de santé auraient pu jouer un rôle d’alerte. Malheureusement, Plaine Commune ne les associe pas et ne prend que trop faiblement en compte ces enjeux. On retrouve ce problème dans la lutte contre l’insalubrité : ce n’est pas seulement un problème d’habitat ; c’est aussi et parfois avant tout un problème de santé publique. Or, les services de santé ne sont pas assez associés à la lutte contre l’habitat insalubre qui se concentre essentiellement sur les dispositifs de démolition-rénovation des bâtiments. Dans les années 2000, des expériences d’organisation des locataires victimes de l’insalubrité avaient été menées par la direction de la santé. Ce travail a été arrêté. C’est une erreur car il faut aussi que les locataires et les petits propriétaires deviennent eux aussi acteurs de la lutte contre l’insalubrité. On ne peut pas se contenter des politiques d’expulsions.

Ensuite, l’offre de soin en médecine de ville. Clairement c’est un très gros problème pour l’avenir : on manque de médecins et notamment de médecins en libéral. 6 médecins libéraux pour 10 000 habitants quand c’est en moyenne 8 pour 10 000 au sein de la Métropole. Et ce manque va s’accentuer très fortement dans les années à venir avec le départ à la retraite de nombreux médecins sur la ville. Evidemment, la ville ne peut rien sur les salaires et sur le nombre de diplômés de médecine. Toutefois, il est possible de mettre en place ou du moins d’appuyer des dispositifs permettant à des médecins de venir s’installer sur notre territoire. Par exemple en commençant par faciliter l’accès à des locaux, individuels ou collectifs. Il faudra une politique beaucoup plus volontariste à l’avenir. Et de ce point de vue, on peut s’interroger sur la prise en compte de ces problématiques par Plaine Commune et par PCH. On a de trop nombreux témoignages de jeunes médecins ou jeunes professionnels de santé qui se plaignent que, contrairement à d’autres villes, l’accompagnement et le soutien pour faciliter cet accès à des locaux adaptés n’est pas réalisé. Cette priorité n’est pas du tout visible dans les projets urbains portés par Plaine Commune ou PCH. D’ailleurs, le bilan présenté sur ce point là dans la fiche du CLS est faible et peu probant. C’est un problème que cet enjeu ne soit pas une priorité du plus gros bailleur du territoire et de Plaine Commune qui a des moyens en matière de développement socio-économique. De ce point de vue, l’orientation prise n’est pas à la hauteur des besoins qui sont énormes et cruciaux pour les habitant.es.

Vincent Huet,
Conseil municipal du 3 octobre 2019