Cet aménagement urbain part d’un beau projet consistant à faciliter les échanges et les circulations entre deux quartiers, la Plaine et Pleyel coupé aujourd’hui par l’A1.
Mais sa conception pose à minima un problème démocratique, financier et écologique.
A l’heure de la crise climatique et des Gilets Jaunes, il n’est pas plus possible de concevoir ce type de projet de cette manière là.
Je vais exposer les problèmes que posent ce projet :

1) Un manque de transparence et une absence de prise en compte des critiques des riverains

Une fois de plus, les premiers concernés sont absents de la conception du projet, des études et de son pilotage : les habitants ont été écarté des comités de pilotages jusqu’ici et aucune garantie n’est donnée pour la suite, déjà 2 ans de perdu et on oppose aux élus et habitants investis que le « temps manque » pourtant on n’hésite pas en perdre à chaque phase du projet.
On a déjà payé presque 4 millions d’études pour la modélisation du projet présenté mais finalement le travail pour présenter les enjeux, les contraintes et recueillir les avis et suggestions n’a pas été correctement fait.
Déjà 25 millions d’euros de dépenser avant même la fin des enquêtes publiques en études pour des solutions rejetées par les usagers et on ne pourrait pas mener à terme une étude solutions citoyennes sous prétexte que ça ne colle pas à des politiques décidées dans des bureaux administratifs il y a 6 ans de cela.
-Le bilan de la concertation présenté par Plaine Co est peu sincère voire indigent :
Ex : Plaine Co s’obstine à refuser d’étudier un passage des voitures sous le FUP en souterrain pour rejoindre l’A86, c’est pourtant le seul moyen de faire « disparaître les voitures » de la ville.
Or, il est possible de dimensionner les voies pour que, le cas échéant, le stockage des voitures aux heures de pointes se passent en sous-terrain. Rappelons que l’insertion sur l’A86 (contrairement au périphérique) n’est pas prioritaire donc lorsque l’A86 est bouchée c’est sur la ville de Saint-Denis que sont stockés les véhicules (cf bd Anatole France et rue Saulnier).

Je sais que la mairie porte la demande de modifier cela mais elle n’a aucun pouvoir réel sur cette décision régalienne voire légale (priorité des schémas directeurs et des voies structurantes ne se modifient pas comme ça) donc la ville doit se recentrer sur sa compétence : la politique de la ville et exiger que son territoire ne soit pas une bretelle d’autoroute.
Donc faire passer les véhicules « sous la nouvelle ville » c’est un moyen de partager les espaces et remplir les objectifs de tous les partenaires.
Ne pas faire ce travail en phase étude et chantier sous prétexte qu’on n’a peu de temps et qu’on « mettra toutes les solutions innovantes en œuvre » revient à dire : recréons le problème que l’on connaît pour l’A1 sur Pleyel et construisons des bâtiments et des voies qu’on ne pourra réformer qu’à grands coups de milliards sur les deniers publics uniquement pour faciliter les travaux et réduire les coûts de promoteurs privés (car les bâtiments ponts ne seront pas un bien commun)

Ex : Le seul trajet prévu depuis la gare Pleyel pour le moment est une rue partagée véhicules/piétons sur le seul accès qui reliera la gare mise en service au reste du territoire, soit plusieurs années de passage des piétons (250000 voyageurs/jour attendus) qui se déplaceront entre voitures, camions et chantiers. À minima, il y a un impact sur la santé (bruit et concentrations de polluants atmosphériques) et cela crée des zones extrêmement accidentogènes

-Les études sur les pollutions, le bruit et les circulations ne sont arrivée qu’en septembre alors même que l’Autorité Environnementale avait rendu 2 avis très critiques sur la qualité écologique du projet :

Je cite le 2nd avis de l’AE :
« 
Une carte des projets environnants figure dans le mémoire en réponse, mais aucun cumul des impacts n’est réellement décrit. Les cumuls sur les circulations après réalisation des aménagements devront être pris dans la nouvelle étude sur les circulations, ce qui permettra d’en déduire les effets sur les émissions de GES, la qualité de l’air et le bruit. »
« 
Le dossier présenté comporte des insuffisances dans la perspective de la déclaration d’utilité publique du FUP. L’Ae prend acte des études en cours mais considère que, en l’absence d’une actualisation de l’étude d’impact incluant la présentation des résultats ou, à défaut, de la fourniture d’éléments complémentaires précis, l’information du public n’est pas assurée de manière satisfaisante ».

2) Un projet dont l’impact écologique est négatif

Désolé là encore je vais citer l’AE et vos propres études qui indiquent que ce projet n’améliorera pas la situation écologique d’un territoire pourtant déjà l’un des plus pollué de France.

-Qualité de l’air
AE : « 
La situation est dégradée à proximité de la station de Saint-Denis proche des axes (…) avec des valeurs limites encore dépassées ».
Les variantes permettant d’améliorer la qualité de l’air ne sont pas prise au sérieux :
« 
Quatre variantes programmatiques de la ZAC sont en revanche présentées. La solution retenue est justifiée par des considérations financières et de formes urbaines. Les incidences sur l’environnement et la santé humaine des alternatives examinées, notamment au regard de l’augmentation de la population sur un secteur caractérisé par sa mauvaise qualité de l’air, comme l’avait relevé l’avis de l’Ae, ne sont pas comparées ».

L’étude réalisé à la va-vite cet été indique
« On peut retenir des conclusions de l’étude qu’au global, la ZAC Pleyel et le FUP augmentent le volume de trafic en entrée et en sortie du périmètre de 3000 à 5000 mouvements de véhicules par jour, soit entre 3 à 4% d’augmentation par rapport au scenario de référence.
Cette augmentation se concrétise essentiellement sur le nouvel axe Est-Ouest créé grâce au Franchissement Urbain Pleyel et plus ponctuellement sur les axes structurants du quartier
. »
« 
Le calcul du coût des nuisances liées à la pollution de l’air du fait de la réalisation du projet (…) génère une augmentation de 1,3 % des coûts collectifs par rapport à la situation future sans projet. Le projet entraîne donc une hausse des coûts de 308 € 2015 par jour par rapport à une situation au fil de l’eau ».

-Climat et effet de serre
AE : « 
Concernant les engagements pris pour prévenir les îlots de chaleur et renforcer le couvert végétal, la réponse renvoie à la charte développement durable du secteur Pleyel (…). L’absence d’objectif quantifié ne permet néanmoins pas de préjuger du niveau d’ambition des déclinaisons opérationnelles qui devront figurer dans le dossier de réalisation de la ZAC ».

Etude de Plaine Co
« La réalisation du projet urbain Pleyel génère une augmentation des émissions de CO2 de 1,6% par rapport à la situation future sans projet soit une hausse supplémentaire des coûts collectifs de 686 € par jour ».
« 
La somme des coûts collectifs (pollution de l’air et émission des gaz à effet de serre) du trafic routier sur l’ensemble de l’aire d’étude augmente de 1,5% du fait de la réalisation du projet urbain Pleyel, soit une hausse des coûts de 994 € par jour ».

Il faut ajouter plusieurs problèmes important qui se posent à la lecture du projet :

-L’intensification du trafic vers le carrefour Pleyel alors qu’on sait qu’il est déjà saturé.
Dès la phase chantier, tous les véhicules venant de paris seront rabattus sur le Carrefour Pleyel si la bretelle d’accès A86 ouest n’est pas fermée (et si elle est fermée, où vont se reporter les trafics ?).
– L’étude récente de l’ouverture de la rue Poulbot sur la rue du Landy n’est pas accompagnée de la déconnexion d’An
atolie France le long du groupe scolaire, cela crée donc un double accès au lieu d’un détournement des véhicules. En effet, laisser un accès via Poulbot et un accès via Pleyel, va créer des « reports de trafics » qui sont bien connus par les urbanistes de Plaine Co.
-Si le pont est nécessaire et si les hauteurs de construction des immeubles et des remblais sont inévitables, il faut utiliser cette contrainte à notre avantage en enterrant la majeure partie des circulations routières et faire de Pleyel une zone piétonne sauf riverain afin de récupérer un maximum d’espaces de pleine terre pour compenser les îlots de chaleur qu’on va nécessairement créer avec ces projets par des îlots de fraîcheur plus nombreux et en proximité immédiate de ces projets. Créer une parc à 800 mètres d’un îlot de chaleur comme c’est prévu, ne compense en rien l’impact de celui-ci sur la santé des populations.
– Enfin, mais là c’est une question, si on regarde les plans de masses du FUP il semble que la grande partie des arbres de la rue Finot seront coupés ?Bref, la qualité environnementale et la plus value écologique du projet n’est absolument pas démontrée c’est même l’inverse.

-Un risque financier pour Plaine Co et la ville.
A l’heure actuelle, 20 % du projet n’est pas financé. Ça représente 40 millions d’euros. On nous demande de nous engager sur un projet très incertain pour les finances locales, notamment de Plaine CO. Ce n’est pas raisonnable dans le contexte actuel.
Les diagnostics sur l’état du climat et de notre environnement naturel, notamment sur notre territoire, indique que nous sommes atteint d’un cancer sérieux. Plaine CO, la MGP, la SGP, Solidéo devraient nous proposer une chimiothérapie. Et au lieu de cela, on nous suggère de continuer à fumer un paquet de cigarettes par jour.

Nous ne voterons pas ce projet.

Etienne Penissat, conseil municipal du  3/10/2019