Ce samedi 23 novembre, 150 000 femmes et hommes ont marché contre les violences sexistes et sexuelles en France. Dimanche 24 novembre, de nombreuses Dionysiennes et Dionysiens ont également marché contre ces violences à Saint-Denis. Ce 25 novembre le gouvernement a annoncé des mesures issues d’un grenelle, auquel certaines associations ont participé (triées on ne sait sur quel critère), dont #NousToutes, invitée au dernier moment.

Des mesures qui ne sont pas à la hauteur des attentes.

Mais qu’attendre d’un gouvernement qui annoncé le 4 octobre 2019 la suppression de l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales (ONDRP) en 2020 pour être transféré à l’Insee. Cet organisme indépendant fournissait chaque année une étude intitulée « Cadre de vie et sécurité » comprenant, entre autres, les chiffres relatifs aux violences sexuelles commises en France. Sans oublier que le Conseil de l’Europe pointe des lacunes françaises: pas assez d’hébergements dédiés aux femmes victimes de violences, une définition du viol problématique, une réponse pénale “insuffisante”, des enfants témoins trop peu soutenus. [Pour télécharger le rapport]

Nous voulons des moyens… en plus

A l’issue du grenelle Edouard Philippe annonce que « Le gouvernement consacrera l’année prochaine plus d’un milliard d’euros en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes dont 360 millions pour la lutte contre les violences faites aux femmes ». Cependant une bonne partie de cette somme est déjà allouée à des programmes d’aide au développement, notamment à l’étranger. Il s’agit de 830 millions dédiés à la solidarité et l’aide économique aux pays en développement, et donc destinés à l’étranger. Ce qu’il faut c’est 1 milliard pour lutter contre tous les violences faites aux femmes sur le territoire et non un enfumage sur des budgets existants.

Des agents formés

Le gouvernement veut mettre en place une grille d’évaluation composée de 23 questions, pour les forces de l’ordre afin de mieux évaluer les signaux d’alerte lorsque les victimes viennent au commissariat ou en gendarmerie, indépendamment d’un dépôt de plainte… Encore faut-il que les forces de l’ordre écoutent les victimes et prennent leur plainte. Aujourd’hui le dépot de plainte reste un parcours ardu. Dans 60 % des cas il y a refus de prendre la plainte, tentative de dissuader la victime, minimisation des faits, culpabilisation de la victime, propos discriminatoires… Un questionnaire qui doit s’ajouter aux 73 psychologues que Marlène Schiappa a annoncé avoir recruté dans les commissariats et qui existent depuis 2007…

La liste reste longue sur ce qu’il faudrait faire

A minima il faut :
-un vrai recueil des données statistiques,
-des dispositifs juridiques aptes à protéger les femmes des violences économiques,
-l’application de la loi de 2001 prévoyant 3 heures d’information sexuelle par an des élèves
-des hébergements spécialisés destinés aux femmes victimes de violences
-des centres d’urgence d’accueil des victimes de violences sexuelles, sans nécessité de dépôt de plainte
-le repérage des enfants témoins, co-victimes des violences conjugales
-la reconnaissance des violences psychologiques au sein du couple
-une meilleure utilisation de l’ordonnance de protection qui ne concerne pas tous les formes de violences. Elle est souvent accompagnée de demande de preuves, de dépôt de plainte. La notion de  danger et de vraisemblance est fluctuante, les délais d’attribution sont trop longs. Le dispositif en l’état est inapproprié, notamment pour les victimes étrangères dont l’obtention d’une carte de séjour renouvelable est conditionnée à l’obtention d’une ordonnance de protection .
-le fait que des femmes en situation irrégulière se rendant au commissariat pour déposer plainte se fassent arrêter.
-faciliter l’obtention de l’aide juridictionnelle
-améliorer la procédure de suivie pour délivrer le titre de séjour et supprimer les retards considérables dans la délivrance des permis de séjour qui  entravent le parcours des victimes pour sortir des situations de violence
-les violences fondées sur le genre doivent être reconnues comme motif pour se voir attribuer le droit d’asile.

Une fois de plus, les réponses du gouvernement restent insuffisantes. Dans notre pays, une femme est tuée tous les 2 jours. La Seine-Saint-Denis n’est pas épargnée. En 2016, selon l’Observatoire des violences envers les femmes du 93, 36 000 femmes y ont subi des violences conjugales dont 11 000 des violences graves.
En Seine-Saint-Denis, le centre d’hébergement d’urgence de l’association « SOS Femmes 93 » a vu son budget baissé de 3 % du fait des réductions de crédits de l’État. En septembre dernier, la préfète à l’Egalité des chances reconnaissait elle-même que les « besoins en matière d’hébergement ne sont pas proportionnés aux moyens dont on dispose ».
La lutte continue et doit s’inscrire dans le mouvement du 5 décembre car les femmes seront aussi les grandes perdantes de la future réforme des retraites. De même soyons en grève le 8 mars, pour un monde qui respecte le travail des femmes, pour refuser le travail bénévole et pour réclamer l’égalité des salaires.