Le vote de ce budget primitif 2020 s’opère dans un contexte politique et social particulier: une politique de casse sociale du gouvernement Macron qui atteint des sommets avec la contre-reforme des retraites. Nous sommes en ce moment avec le puissant mouvement de grèves et de mobilisation à un tournant pour notre pays : soit nous sommes en capacité de mettre un coup d’arrêt à cette politique, soit le gouvernement Macron va nous entrainer dans un gigantesque saut en arrière en matière de droits sociaux et de protection sociale.

C’est pour cela que le groupe REVE-Insoumis a proposé un vœu sur la réforme des retraites qui puisse être voté en début de séance car l’enjeu de cette fin d’année est bien là : vaincre Macron et sa politique au service des riches, contre le peuple, en particulier les dionysiens et dionysiennes. On aurait pu commencer ce Conseil Municipal par un acte politique combatif et fort dans cette période où des milliers de cheminots, de conducteurs de bus, d’agents des hôpitaux, d’enseignants, de dockers mènent un combat dur contre ce gouvernement pour l’avenir de nos retraites. Le Maire n’a pas accepté cette proposition, c’est dommage pour la tonalité symbolique et politique de ce Conseil Municipal.

Dans ce contexte social et politique tendu, je suis une fois de plus étonné par l’opposition socialiste qui ne dit pas un mot de cette politique gouvernementale qui impacte évidemment le budget de notre commune et la capacité que nous avons de répondre aux besoins des habitant.es et de contrer les mauvais coups du gouvernement Macron. Ne rien en dire c’est passer à côté de l’essentiel.

Rappelons que les choix du gouvernement en matière de budget de l’Etat pour 2020 permettront aux 1 % les plus riches de voir leur pouvoir d’achat augmenter de plus de 4 % quand celui des 10 % les plus pauvres stagnera voire baissera.

Rappelons encore que derrière les quelques « mesurettes » annoncées par le Premier Ministre pour la Seine-Saint-Denis en octobre dernier, qui ne sont pas à la hauteur non pas des besoins mais juste des inégalités de traitement que l’Etat nous en impose en matière de service public, le gouvernement a déclenché une bombe à fragmentation avec sa réforme de l’indemnisation du chômage. Elle va diminuer drastiquement l’indemnisation des travailleurs et travailleuses qui perdent leur emploi dans notre département où le taux de chômage est deux fois plus élevé qu’ailleurs en France. Un chômeur sur deux verra ses indemnités baisser, ce qui concerne plusieurs dizaines de milliers de chômeurs en Seine-Saint-Denis.

Rappelons enfin que l’Etat via l’ANRU s’apprête à démolir, sans raison valable, 500 logements sociaux habités par les familles les plus modestes de la ville, c’est-à-dire la majorité de dionysiens et dionysiennes, celles frappées par la crise du logement.

Ce débat budgétaire s’inscrit également dans un contexte pré-électoral qui justifie un budget de reconduction plutôt qu’un budget de résistance. Ce n’est pas un budget qui enclenchera une nouvelle dynamique ; ce sera le rôle de la nouvelle équipe municipale en mars 2020.

Ce budget comporte des points d’appuis importants pour les dionysiens et dionysiennes comme par exemple les rénovations et constructions d’école, des mesures de pouvoir d’achat ou de coup pouce financier (Atout Sport, le bourses engagements solidaires), le Plan Autisme ou encore la Maison pluri-professionnelle de Santé à Floréal tant attendue par les habitant.es dans ce quartier.

Mais, c’est aussi un budget malheureusement encore enfermé dans une logique gestionnaire. Logique gestionnaire imposée par l’Etat et la contractualisation à laquelle le groupe REVE-Insoumis s’était opposé en votant contre cette orientation. Cette contractualisation ne se traduit pas par une dynamique des ressources pour développer des services publics à hauteur des besoins puisque les évolutions contradictoires de la Dotation forfaitaire et de la DSU se neutralisent.

Avec la contractualisation, les dépenses sont déterminées moins par les besoins des habitant.es que par un seuil fixé par l’Etat. Pas plus que fixer un taux de déficit public des Etats à 3% du PIB n’a de sens, fixer une évolution maximale de 1,35% des dépenses sans rapport avec la croissance démographique de la ville, sans rapport avec les évolutions de la conjoncture économique et sociale, sans rapport avec les besoins réels des habitant.es n’a de sens si ce n’est celui de nous enfermer dans la cage de fer du libéralisme. On en voit aujourd’hui les effets partout en Europe et dans le Monde : c’est un désastre humain et écologique.

On notera en passant que le Département ayant fait le choix de revoir la base de calcul de la taxe foncière sur le bâti, les recettes fiscales liées à la contribution des grandes entreprises sur notre ville a baissé. Alors même qu’elles devraient être mises à contribution pour le développement des services publics de la ville.

Dans ce cadre, il est dommage que de s’autolimiter en matière de recours à l’emprunt alors que l’urgence sociale, le réchauffement climatique, la dégradation de la biodiversité appelle un sursaut et de nouveaux investissements nécessaires. Depuis trois ans, le groupe REVE-Insoumis propose au Maire de porter l’enjeu d’un emprunt écologique. En effet, la dette écologique laissée à nos enfants est bien plus grave que n’importe quelle dette financière. Cet emprunt écologique permettrait de financer une transition écologique rapide : plan de végétalisation et de développement d’ilots de fraicheur, remplacement du plastique dans les cantines qui nuit à la santé de nos enfants, rénovation thermique des logements, etc.

Le carcan budgétaire qui nous est imposé empêche donc de dynamiser l’emploi public municipal qui ne progresse plus alors même que c’est la présence d’agents municipaux sur le terrain, dans les quartiers, à proximité des habitant.es qui garantit un service public de qualité et qui permet de protéger les plus modestes. Oui, il manque aujourd’hui d’ATSEM dans les écoles, d’agents de voirie, d’éducateurs dans les rues, d’inspecteurs pour contrôler l’insalubrité des logements, etc. Nous manquons de ces personnels qui font du lien sur notre commune. L’emploi public est aussi un levier qui constitue un rempart contre le chômage qui frappe notre territoire. Cette question va devenir central avec le départ à le retraite de 20% des employés municipaux d’ici 2025. Un enjeu central pour pouvoir accélérer résorption de la précarité qui reste forte parmi ces agents.

Dans les mois qui nous séparent des élections municipales, nous aurons sur ce budget des points de vigilance. En particulier sur deux engagements budgétaire. Le premier concerne les crédits liés aux projets de l’ANRU : nous n’acceptons pas que l’Etat nous impose de détruire 500 logements sociaux au Franc Moisin alors que notre ville compte des milliers de demandeurs de logements sociaux de type PLAI (pour les familles modestes). Nous souhaitons renégocier ce projet avec l’ANRU. Le second concerne les crédits dédiés au Franchissement Urbain de Pleyel dont nous avons déjà indiqué que le projet en l’état posait des problèmes démocratiques – il s’est fait sans les habitants –, écologiques – il risque fort de concentrer les flux de trafics routiers et les pollution sur Pleyel, économique – le financement n’est pas assuré –, et sociaux – les projets prévus comme Lumières Pleyel privilégient un quartier d’affaires à des logements et des commerces accessibles aux habitant.es.

Au passage, ceci nous questionne sur les choix et les actions de Plaine Commune.  Des services de proximité comme la propreté sont mal assurés tout en laissant se développer une politique aventureuse sur des projets problématiques dans leur conception (primauté de la construction de bureaux sur les espaces verts et les logements, non prise en compte des demandes des habitant.es, très peu de prise en compte des effets environnementaux et polluants de ces projet).

Après mars 2020, de nouvelles dynamiques seront nécessaires, il faudra afficher plus clairement certaines priorités et pour cela adopter des modifications budgétaires conséquentes lors des séquences budgétaires intermédiaires de 2020. Une nouvelle équipe municipale aura la légitimer et le droit de porter une nouvelle ambition de la commune pour lutter contre l’austérité et répondre aux urgences démocratiques, sociales et écologiques :

-Cela passera par des moyens pour redonner du souffle démocratique à notre commune : les dispositifs de concertation et de participation des citoyen.ne.s sont épuisés.

-L’accélération de la transition écologique en développant la végétalisation, les rénovations thermiques, la dépollution des sols, le retour en régie publique de l’eau, l’arrêt d’une politique de construction de bureau à tout va qui bétonne sans résoudre le chômage, etc.

-De nouvelles politiques pour endiguer les fractures qui sont en train de se constituer sur notre territoire entre un sud surinvesti par les grands projets et un nord appauvrit en équipements publics et culturels, commerces, espaces verts et publics.

-Enfin, sur un territoire où la santé et le logement des habitant.es, l’éducation des enfants sont maltraités par l’Etat, nous devrons porter de nouvelles ambitions sur ces enjeux vitaux. Il s’agira en particulier de concevoir des politiques volontaires et déterminées qui visent à corriger les inégalités territoriales et sociales qui se creusent fortement alors que les Jeux Olympiques et le Gares du Grand Paris Express, et avec eux l’appétit des promoteurs et des grandes entreprises, pointent leur nez.

Rendez-vous donc en 2020.

Etienne Penissat, Conseiller Municipal

Conseil municipal du 19 décembre 2019