Alors que les mobilisations dans les secteurs publics comme privés ont lieu depuis le 5 décembre, les annonces du premier ministre le 11 n’ont fait que confirmer que ce projet prétendument équitable se traduira par une baisse de l’ensemble des pensions : « L’harmonisation » par le bas contenue dans cette réforme veut mettre fin aux « régimes spéciaux » qui existent -entre autre- pour reconnaître pénibilité et spécificité du travail. C’est aussi aux conventions collectives que l’on s’en prend ainsi.

Aujourd’hui,notre système est basé sur les cotisations et la solidarité. Les caisses excédentaires alimentent les caisses déficitaires.

Le calcul de la pension se fait en fonction des annuités (durée de cotisation) et des 6 derniers mois dans le public ou des 25 meilleures années dans le privé.

Partir à taux plein après une « carrière complète », c’est la garantie légale d’avoir au minimum un taux de remplacement (rapport entre salaire et pension)…

Le « système universel » prétendument équitable se traduira par une baisse de l’ensemble des pensions, et particulièrement celle des femmes, avec la prise en compte de l’ensemble des carrières et non plus des meilleures années et la fin des pensions de reversion pour un grand nombre.

Pour G. Darmanin, S. Ndiaye, JP Delevoye, 20 % des femmes travaillent jusqu’à 67 ans pour ne pas subir la décote, Avec le projet du gouvernement, dans le futur, elles pourront partir à 64 ans sans décote

Or, 20 % des femmes ne travaillent pas jusqu’à 67 ans, mais attendent l’âge d’annulation de la décote pour partir en retraite.

N’oublions pas que la décote est un dispositif injuste, instauré en 1993 dans l’objectif de diminuer le montant des pensions, et une double pénalisation, qui touche 9 % des femmes et 7 % des hommes.

Il ne faut pas confondre l’âge de départ en retraite et l’âge de fin d’emploi. En effet la moitié des personnes du régime général qui partent en retraite ne sont déjà plus en emploi : elles se répartissent entre malades, inactives, au chômage ou en invalidité.

Le système par points entraînera une baisse des pensions pour toutes les personnes aux carrières courtes, aux salaires faibles et/ou avec des périodes de temps partiel : car toutes ces mauvaises années compteront dans le calcul de la pension alors que les plus mauvaises en sont exclues actuellement. Or ce sont précisément les femmes en majorité qui sont obligées d’attendre l’âge d’annulation de la décote pour partir en retraite, du fait de leurs carrières heurtées qui ne leur donnent droit qu’à une faible pension : elles ne peuvent donc pas se permettre de subir en plus une décote.

Présenter comme un progrès le fait de pouvoir partir à 64 ans sans décote fait donc abstraction du fait que la pension des femmes concernées sera bien plus faible.

Le vrai progrès n’est pas d’avancer l’âge d’annulation de la décote entre 62 et 64 ans dans un régime par points, mais de supprimer cette décote dans le régime actuel.

Le gouvernement dit que « La maternité sera compensée à 100 % »

Edouard Philippe a affirmé « les périodes de congé maternité donneront lieu à acquisition de points dès le 1er jour d’arrêt sur la base du revenu de l’année précédente ».

Cela suggère un progrès par rapport à aujourd’hui. Sauf que le congé maternité est déjà considéré comme un temps de travail effectif : tous les trimestres de congé maternité comptent pour la retraite, de même que les congés d’adoption. Ils sont validés pour la durée de carrière.

Côté rémunération, les congés maternité donnent lieu à des indemnisations journalières, dès le 1er jour égales, dans le régime général, au gain journalier correspondant aux 3 derniers mois de salaire.

Lorsque le travail n’est pas continu ou présente un caractère saisonnier – une minorité des cas – l’indemnité journalière correspond à la moyenne des revenus perçus les douze mois précédents. Donc la continuité du salaire est assurée. Les fonctionnaires perçoivent leur rémunération en cours.

Si les années où survient la maternité font partie des 25 meilleures années de salaire, elles sont prises en compte pour calculer le salaire de référence pour la pension. Si elles font partie des mauvaises années, elles sont exclues du calcul et ne contribuent évidemment pas à baisser le montant de la pension.

Avec le nouveau système, les points seraient acquis sur la base du revenu de l’année précédente, et non sur celui des 3 derniers mois. Or la rémunération moyenne sur la période des 3 derniers mois est souvent plus favorable que sur l’année passée du fait de la progression de carrière ou de la potentielle revalorisation des salaires.

Avec le nouveau système la majoration de 5 % « dès le premier enfant » pour l’un des deux parents remplacerait des droits existants : la majoration de 10 % de la pension pour chacun des parents de 3 enfants et + comme la majoration de durée d’assurance attribuée pour chaque enfant (dans le privé : 4 trimestres pour les mères et 4 trimestres pour l’un des deux ; dans le public seulement 2 trimestres) seraient supprimés.

Or, dans un système où les hommes gagnent en moyenne plus que les femmes, il sera en général plus « rentable » d’appliquer les 5 % à la pension du père, alors que ce sont les mères qui subissent dans leur carrière le coût des enfants : interruptions de carrière, niveau de qualification, salaire, quotité d’activité, etc.).

Le nouveau système garantirait un minimum de pension à 85 % du SMIC net, soit 1000 euros par mois.

Il faut préciser que ce minimum vaut pour une carrière complète, comme c’est le cas actuellement, mais cette précision pourtant essentielle est souvent omise… Ce minimum sera accordé à l’âge dit du taux plein, qui serait donc de 64 ans au début de la mise en œuvre du système (et qui ensuite est appelé à augmenter). C’est-à-dire deux ans plus tard que la disposition de minimum actuel, qui est ouvert à l’âge légal de départ de 62 ans.

Or ce minimum de 85 % du SMIC net pour une carrière complète devrait déjà être une réalité depuis 2008 : cet engagement faisait l’objet de l’article 4 de la loi de 2003 (réforme Fillon), il devait être effectif à partir de 2008. La loi votée, il n’a jamais été respecté.

Pas besoin de changer de système pour respecter la loi de 2003 et mettre en œuvre immédiatement cette augmentation de minimum. Le progrès serait que davantage de femmes et d’hommes puissent se constituer des droits à une pension suffisante qui les situent au-dessus du minimum de pension.

La question de la retraite met en exergue la question des inégalités économiques de genre, mais surtout la question de l’autonomie financière des femmes. Le projet du gouvernement, en faisant de la retraite un strict reflet de la carrière, y compris dans ses périodes les plus précaires, en conditionnant les droits familiaux et en réduisant le niveau général des pensions, menace encore davantage une autonomie déjà insuffisante.

Le système des retraites actuel accroît les inégalités déjà présentes dans la vie professionnelle, parce qu’il combine inégalités de salaire et inégalités de carrière. Mais il interroge aussi le droit à vivre avec qui on le souhaite, le droit à choisir son mode de vie amoureux, le droit à la séparation, le droit à l’autonomie ne doivent pas être réservés aux femmes en âge de travailler ou percevant de hauts revenus. Rappelons juste que la question de l’autonomie financière est centrale dans la lutte contre les violences domestiques.

Une sortie des mécanismes de solidarité

Aujourd’hui, les mécanismes de solidarité sont des droits garantis afin d’éviter de trop creuser les inégalités. Avec le nouveau système, il est prévu que ces mécanismes de solidarité fassent désormais partie d’une enveloppe séparée, dont le montant serait laissé aux mains des parlementaires. Le risque est grand que cette enveloppe de solidarité serve de variable d’ajustement et puisse être réduite – ou insuffisamment revalorisée – sur simple décision politique.

Une régression sur les pensions de réversion

Si, dans son principe, la pension de réversion n’est pas satisfaisante, puisqu’elle fait reposer le niveau de vie à la retraite des femmes sur la pension de leur conjoint défunt, ce dispositif permet aujourd’hui à de nombreuses femmes de s’assurer un niveau de vie décent dans la retraite. Or la réforme envisage une révision de ce dispositif à la baisse, sans y apporter les modernisations indispensables. Aujourd’hui, la pension de réversion peut être touchée dès 55 ans. La réforme du gouvernement prévoit qu’elle ne puisse plus l’être qu’à partir de 62 ans – et à condition que la ou le bénéficiaire soit à la retraite et ce dans un contexte où le gouvernement prévoit de reculer sans cesse l’âge pivot.

Enfin, la pension de réversion serait supprimée en cas de divorce. A noter que, les modes de vie des couples existent de plus en plus en dehors du mariage, la réforme ne prévoit pas de pension de réversion en cas de PACS ou de concubinage.

Nous ne nous laisserons pas aveugler par les manœuvres du gouvernement, qui veut diviser les salarié-es en mettant en concurrence les générations, les différents régimes, le public et le privé.

Nous appelons tous.tes les habitant-es de Saint-Denis à être unitaires et déterminé-es, à massifier le mouvement de grève reconductible et à l’étendre à l’ensemble des secteurs publics comme privés.

Le gouvernement a fait le choix de l’épreuve de force. Le rapport de forces à construire face à lui est celui d’une grève de masse, qui regroupe tous les secteurs pour bloquer le pays. Faire reculer le gouvernement sur la réforme des retraites, c’est remporter une victoire sur les politiques de régression sociale, et c’est ouvrir la possibilité d’une contre-offensive pour imposer d’autres choix de société.